La social-démocratie découvre Marx

[ Texte publié le 29 octobre 2011. En attendant l’arrivée et le départ de F. Hollande. ]

Un homme ne se mêlant pas de politique
mérite de passer,
non pour un citoyen paisible,
mais pour un citoyen inutile.
Thucydide, -460 ~ -395

Mes amis universitaires sont déprimés. La crise, LRU-LMD, Lehman Brothers, les subprimes, la dette, la retraite, DSK, Papandréou, CO2, … Ils n’arrivent plus à expliquer le monde.

Jadis, ils étaient marxisants. Fardeau lourd à porter, car il fallait argumenter à chaque instant et comme vous le savez nous n’avons pas le temps … Exit le marxisme soft. Trop de boulot. Ca ne rapporte plus.

Ils sont devenus socialistes. Première gauche, deuxième gauche, gauche caviar, gauche truffe. Guy Mollet, Antony Blair et compagnie leur ont cassé la baraque. Julliard a quitté Châteaux et demeures. Ils n’osent plus parler du « Parti Socialiste ». Le nom générique est désormais « la gauche » sorti des usines Terra Nova.

Ils préfèrent s’appeler désormais sociaux-démocrates. Mais, hélas, pas de penseurs, pas de grands noms, pas de billes pour les soirées d’hiver sans film à la télé. Raymond Barre est parti avec Papon sous les bras, Michel Rocard s’est réfugié chez le petit Bonaparte. Jean Jaurès est vieux et Léon Blum a fini chez Bolloré. Et Kausky n’est plus enseigné à SciencesPo (question de droits d’auteur).

A l’Ecole normale (dite supérieure) on élabore de nouveaux concepts pour cela. Une nouvelle conjecture est née : « L’avenir du socialisme est libéral ! ». Marque déposée par Mme Canto-Sperber, directrice de l’ENS-ULM et animatrice de la bibliothèque Médicis, actionnaire de la boutique Europe Rocard-DSK. Certes, le socialisme est libéral comme tout le reste, mais chaque jour est un nouveau jour. Le socialisme a disparu en cours de route faute de clients. Le marché ne l’aime pas trop. Il ne reste plus que libéral.

Les sociaux-libéraux donc. C’est mieux. Appelez-moi social-libéral, mais attention ; toujours avec le préfixe « social ». Le bas on l’enlèvera à la prochaine crise.

Daniel Cohen (Aubry-Lazard), Philippe Askenazy (Royal), Thomas Piketty (DSK- Royal), Jean-Pierre Jouyet (Hollande-Sarkozy), Alain Minc (Aubry-Sarkozy), Jacques Attali (Sarkozy), Elie Cohen (Télé-Hollande), … les lumières des Lumières ! Au service de la France et même de la Grèce !

Et voilà une femme (pauvre et noire du Bronx, quelle honte !) qui oblige, un par un, nos brillants normaliens à se cacher derrière le « candidat du système », le « mou » François Hollande. Ils avaient tous lu Noémie Klein version Harry Potter !

Aujourd’hui, planqués derrière « le père de ses quatre enfants », ils jettent des pierres aux passants du haut de leurs blogs en attendant l’arrivée du ciel de la « troisième voie » à égale distance du « néo-libéralisme » et du « collectivisme ». Ces pauvres illettrés ne savent même pas que Papandréou est en train de réaliser cette voie « originale » en Grèce ! N’est-ce pas Ségolène ? L’île de Paros qui t’accueillait pour ce séminaire, n’était pas magnifique ?

***

Nos (sociaux-)libéraux fatigués et réduits au RSA intellectuel se retournent vers les vieux staliniens :

« Que dit Marx à propos de la crise ? ».

Ah !, ces collègues sympathiques dont l’esprit critique est incommensurable et le courage prométhéen. Ça donne envie d’adopter un socialiste dans les orphelinats.

Allons-y. Venons au secours des âmes en détresse. Aidons la veuve et l’orphelin. Ils n’ont plus de nourriture. Au Grand Palais c’est médiocre cette saison. Les voyages, c’est du CO2 de trop ! Coincé(e)s. il ne reste plus que la psychanalyse. La fin des haricots !

Ludwig van Beethoven l’avait déjà compris. Il fallait en finir avec le vieux monde où dieux et rois étaient au centre. Son 16e quatuor en témoigne. « Le faut-il ? Il le faut ! », écrit-il sur sa partition. « La résolution difficilement prise. » Il fallait une rupture. On ne peut plus faire comme avant. L’Homme au centre.

Le révolutionnaire romantique passe le relais au révolutionnaire réaliste Gustave Courbet. En 1851, il crée les Casseurs de pierres, « la première peinture socialiste ». Il fallait une rupture. On ne peut plus faire comme avant. L’Homme au centre.

Entre-temps, en 1848, un jeune, Karl Marx (juif allemand, mon dieu !) publie Le manifeste du parti communiste. Il fallait une rupture. On ne peut plus faire comme avant. L’Homme au centre. « Le faut-il ? Il le faut ! »

Le point 5 de son programme ci-après donne une réponse à ceux qui souhaitent en finir avec l’économie-casino du libéralisme.

Il est intéressant de citer les dix points du programme afin d’éloigner le plus loin possible les libéraux. On rappellera que ce programme date de 1848 et a inspiré en partie le Programme Nationale de la Résistance du 15 mars 1944.

« … Pour les pays les plus avancés, les mesures suivantes pourront assez généralement être mises en application :

  1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat.
  2. Impôt fortement progressif.
  3. Abolition de l’héritage.
  4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
  5. Centralisation du crédit entre les mains de l’Etat, au moyen d’une banque nationale, dont le capital appartiendra à l’Etat et qui jouira d’un monopole exclusif.
  6. Centralisation entre les mains de l’Etat de tous les moyens de transport.
  7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d’après un plan d’ensemble.
  8. Travail obligatoire pour tous ; organisation d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture.
  9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.
  10. Education publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Combinaison de l’éducation avec la production matérielle, etc. »

Pour sauver actions et autres produits financiers, mes collègues universitaires sont prêts à tout sauf à l’application du point 3. La jurisprudence Strauss-Kahn (HEC, Paris X, FMI, Sofitel NY) est toujours en vigueur. Il faut déclarer hors-jeu ceux qui n’ont à transmettre ni patrimoine immobilier, ni actifs financiers, ni « attachement à l’économie de marché ».

Le professeur DSK est catégorique :

« Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’Histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »

Après la « mort » accidentel du mari de l’ex-femme d’Ivan Levaï, du « seul recours en cas de crise prolongée », un candidat de substitution a été choisi, newlook style Guy Mollet, en attendant que le petit Valls passe de la banlieue black à la capitale blanche immaculée.

Laissons le vieux sage Marx conclure :

« Une partie de la bourgeoisie cherche à porter remède aux anomalies sociales, afin de consolider la société bourgeoise.

Dans cette catégorie, se rangent les économistes, les philanthropes, les humanitaires, les gens qui s’occupent d’améliorer le sort de la classe ouvrière, d’organiser la bienfaisance, de protéger les animaux, de fonder des sociétés de tempérance, bref, les réformateurs en chambre de tout acabit. Et l’on est allé jusqu’à élaborer ce socialisme bourgeois en systèmes complets …

… Le socialisme bourgeois n’atteint son expression adéquate que lorsqu’il devient une simple figure de rhétorique.

Le libre-échange, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des droits protecteurs, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Des prisons cellulaires, dans l’intérêt de la classe ouvrière ! Voilà le dernier mot du socialisme bourgeois, le seul qu’il ait dit sérieusement.

Car le socialisme bourgeois tient tout entier dans cette affirmation que les bourgeois sont des bourgeois – dans l’intérêt de la classe ouvrière. »

* * *

La classe inférieure est vaincue, certes. Malheur aux vainqueurs. Ils n’ont jamais pu créer une civilisation.

(Ajout 20.01.2017)

Le socialiste (nom déposé en Préfecture) Manuel Valls a terminé la campagne électorale des primaires en criant : « Je suis social-réformiste ». Ses camarades qui l’ont devancé sont traités de sociaux-populistes.

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